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2 Juillet 2009 - 15h57

Cheb Mami jugé pour une tentative d'avortement forcé sur son ex-compagne

BOBIGNY - Le chanteur de raï Cheb Mami a reconnu pour la première fois, et du bout des lèvres, jeudi devant le tribunal correctionnel de Bobigny, en France, avoir été au courant que son entourage organisait l'avortement forcé de son ex-compagne dans sa villa algéroise en août 2005, tentative qui a échoué.

"Ca devait se passer dans une clinique privée", a raconté le chanteur en larmes dans le box des prévenus. Puis, l'un de ses hommes de main l'aurait appelé pour lui signifier que la clinique avait refusé. "Kader était paniqué. Il m'a dit: 'c'est toi qui nous a mis dans la merde. On vient le faire chez toi. File!' Je suis allé à l'hôtel Hilton"


Le lendemain, Abdelkader Lallali lui aurait montré un bout d'organe ressemblant à "un foie" pour prouver que l'avortement avait réussi, a encore ajouté le chanteur pour expliquer l'existence de transcriptions téléphoniques dans lesquelles il dit avoir "vu le sang" et "vu le foetus". Il avait jusqu'ici toujours nié avoir été au courant de la tentative d'avortement forcé qui s'est passée à son domicile.


"Vous étiez prêt à tout pour que cet enfant ne voie pas le jour?", lui a demandé le tribunal. "Non", a bafouillé le prévenu qui s'est emmêlé dans son récit, affirmant qu'avoir un enfant illégitime était "contraire à (s)a religion et contraire à (s)a culture".


-"Vous rendez-vous compte que vous l'avez abandonnée aux mains de charlatans?!", s'est révolté le président Jean-Dominique Launay.


-"Il y avait deux femmes"...


-"Oui, mais pas de médecin", a insisté le magistrat.


Auparavant, Camille, une photographe de presse, a raconté comment elle avait été droguée par "Kader" puis emmenée de force dans la villa du chanteur où deux femmes se sont acharnées sur elle toute une nuit. "L'une appuyait sur mon ventre, l'autre mettait les mains, elle grattait et grattait encore, et l'autre appuyait sur mon ventre", s'est-elle souvenue à la barre. La petite fille, née en mars 2006 par césarienne du fait des blessures subies par sa mère, ne doit la vie sauve qu'à un utérus rétroversé. "C'est un miracle", selon le président.


L'ancien manager de Cheb Mami, Michel Lecorre, alias Lévy, a pour sa part exaspéré le tribunal en présentant la "dixième version des faits", a ironisé M. Launay. Ayant admis au cours de l'enquête avoir suggéré l'idée d'un avortement en Algérie à Cheb Mami, il affirme aujourd'hui ne pas avoir été au courant de la grossesse de Camille lorsqu'elle est partie en déplacement professionnel, arrangé par ses soins, à Alger. "Quand elle m'a raconté les faits à son retour, je me suis rangé de son côté", a-t-il assuré. C'est lui qui aurait conseillé à la jeune femme de porter plainte, malgré une transaction en cours.


Né à Saïda en Algérie, Cheb Mami a commencé à chanter à l'âge de 12 ans. A son arrivée en France en 1985, il lance avec d'autres la mode du raï et devient en quinze ans une star internationale, un parcours couronné par un duo avec Sting en 2000 et le tube "Desert Rose". Depuis son arrestation en 2006, il ne fait plus de musique. "Je compose, pour un jour, inch'Allah", a souligné le chanteur vêtu d'une chemise blanche.


Proche du pouvoir en place en Algérie, il admet avoir participé à des meetings et se définit comme un "militant" pour "aider (s)on pays". "Certains disent que vous êtes mal entouré là-bas", a souligné le tribunal. "Par Kader peut-être", a répondu le chanteur dont le nom de scène signifie "petit môme".


"Kader", de son vrai nom Abdelkader Lallali, est poursuivi pour avoir organisé l'avortement forcé, qui a échoué, subi par Camille en août 2005 à Alger. Domicilié en Algérie, il n'a jamais pu être interrogé. "C'est le grand absent", a regretté le tribunal. Un quatrième homme, Hicham Lazaar, également poursuivi pour avoir accueilli Camille en Algérie, est également absent.


Mis en examen notamment pour "complicité de violences" sur la personne de Camille, Cheb Mami, 42 ans, encourt jusqu'à dix ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende.

Par Verena Von Derschau, THE ASSOCIATED PRESS