Putsch au Honduras: des Honduriens manifestent pour le retour de Zelaya

TEGUCIGALPA - Des milliers de Honduriens ont manifesté, mercredi, à Tegucigalpa, pour le retour du président déposé Manuel Zelaya, qui a exprimé le souhait de rentrer au pays en dépit d'un mandat d'arrestation contre lui.
Des milliers d'autres manifestants ont pour leur part témoigné, dans d'autres villes, de leur appui au nouveau gouvernement soutenu par les militaires. Aucun incident de violence n'a été rapporté.
Le nouveau président désigné, Roberto Micheletti, a déclaré qu'il faudrait une invasion étrangère pour rétablir son prédécesseur, en ajoutant qu'il mandatait une délégation à Washington pour tenter de contrer l'isolation croissante du nouveau régime, même si son ministre des Affaires étrangères l'a démentie.
Après la condamnation par l'Assemblée générale de l'ONU du coup d'Etat contre le président Manuel Zelaya, l'Organisation des Etats américains (OEA) a lancé un ultimatum aux auteurs du putsch tandis que la France et l'Espagne rappelaient mercredi leurs ambassadeurs respectifs dans le pays. Le Chili, l'Italie et la Colombie ont aussi rappelé leur ambassadeur.
Le département de la Défense américain a par ailleurs suspendu toutes les opérations conjointes Etats-Unis-Honduras, tandis que la Banque mondiale a gelé les prêts consentis au Honduras. Aussi, trois pays limitrophes ont suspendu les échanges commerciaux transfrontaliers.
Pour l'heure, les nouveaux dirigeants du Honduras se montrent toutefois inflexibles. Désigné président intérimaire par le Parlement après le coup d'Etat, le président du Congrès Roberto Micheletti a exclu catégoriquement de rendre le pouvoir à Manuel Zelaya.
"Personne ne peut me forcer à démissionner si je n'enfreins pas les lois du pays", a-t-il déclaré mardi soir à l'Associated Press dans une posture de défi envers l'ONU, l'OEA, les Etats-Unis et les autres gouvernements qui ont condamné le coup de force des militaires.
Manuel Zelaya a été renversé par l'armée et expulsé de son pays dimanche avant l'aube, quelques heures avant la tenue d'un référendum constitutionnel, jugé illégal par la Cour suprême, le Parlement et l'armée, destiné à l'autoriser à briguer un second mandat. Le président déchu, dont le mandat de quatre ans s'achève normalement en janvier, a annoncé mardi qu'il renoncerait à organiser la consultation s'il était rétabli dans ses fonctions.
M. Micheletti, qui appartient au même Parti libéral que M. Zelaya, estime que ce dernier "a déjà commis des crimes contre la Constitution et la loi". "Il ne peut plus revenir à la présidence de la République à moins que le président d'un autre pays d'Amérique latine ne vienne l'imposer par les armes", prévient-il. Et "si l'on envahit notre pays, 7,5 millions de Honduriens seront prêts à défendre notre territoire, nos lois, notre patrie et notre gouvernement".
Mercredi, Roberto Micheletti a par ailleurs imputé la crise que traverse le Honduras au président du Venezuela, Hugo Chavez, un allié de M. Zelaya. M. Chavez avait déjà affirmé, plus tôt, que toute tentative d'agresser M. Zelaya devait être contrée par une intervention militaire des Nations unies.
Reste que l'OEA a donné mercredi trois jours aux auteurs du coup d'Etat pour rendre le pouvoir au président Zelaya, faute de quoi le pays "risque d'être suspendu" de l'organisation régionale, a précisé son secrétaire général, José Miguel Insulza, évoquant un "ultimatum" adressé à Tegucigalpa. "Nous devons montrer clairement que les coups d'Etat militaires ne seront pas acceptés", a-t-il ajouté lors d'une session de l'OEA à Washington.
Ce délai de 72 heures, qui ouvre la possibilité de négociations, a conduit Manuel Zelaya a différer à ce week-end son retour au Honduras, qu'il comptait initialement effectuer jeudi. Roberto Micheletti prévient qu'il sera arrêté s'il rentre au Honduras, bien que la présidente argentine Cristina Kirchner-Fernandez, le président équatorien Rafael Correa et les patrons de l'OEA et de l'Assemblée générale de l'ONU aient promis de l'accompagner.
Les Etats-Unis soutiennent Manuel Zelaya, estimant qu'il n'y a pas d'autre solution acceptable que son retour au pouvoir. Washington envisage de suspendre son aide au Honduras, a précisé Ian Kelly, porte-parole du département d'Etat américain.
De leur côté, la France et l'Espagne ont annoncé mercredi le rappel de leurs ambassadeurs respectifs au Honduras. "La France condamne fermement le renversement de l'ordre constitutionnel au Honduras", souligne le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner dans un communiqué, précisant que "cette décision a été prise en liaison avec les partenaires européens de la France présents au Honduras".
L'Assemblée générale des Nations unies a condamné le putsch mardi soir à New York et réclamé le retour immédiat du président destitué.





