Le peuple québécois devra faire son propre post-mortem, selon Dumont
DRUMMONDVILLE "Le peuple québécois devra faire son propre post-mortem" de la dernière campagne électorale provinciale, estime le chef sortant de l'Action démocratique (ADQ), Mario Dumont, en raison du faible taux de participation enregistré.
" C'est la santé démocratique du Québec qui a été secoué le 8 décembre (jour du scrutin)", a lancé le leader adéquiste, dans un discours, samedi, à Drummondville, au terme d'une rencontre pour faire l'autopsie de la défaite qui lui a fait perdre 34 députés et le statut d'Opposition officielle.
Pire, a-t-il dit, l'achalandage aux urnes n'a pas que baissé de quelques points de pourcentage, mais il a "changé d'ordre de grandeur", de 71 pour cent en 2007 à 57 pour cent en 2008.
"Collectivement comme société, on n'a pas fini de répondre à la question: qu'est-ce qui s'est passé?" a-t-il demandé, en saluant la discipline et le sens des responsabilités de tous ses candidats, qui n'ont pas blâmé l'électorat québécois pour leur défaite. Il a également suggéré que celui qui est à l'origine du déclenchement de la campagne, Jean Charest, devra porter une lourde responsabilité, si c'est une des raisons de la désaffection des électeurs.
Il a été longuement applaudi au terme de son allocution, peut-être une de ses dernières à titre de chef.
Il estime par ailleurs que sa formation devra se demander pourquoi 700 000 de ses sympathisants ne sont pas allés voter le 8 décembre dernier.
"C'est une journée importante, mais difficile pour tout le monde", avait-il concédé en matinée, en marge des ateliers à huis clos, auxquels ont pris part plus d'une centaine de députés, ex-députés et délégués de l'ADQ.
M. Dumont a évoqué que son parti avait convaincu les adéquistes de ne pas voter pour le Parti libéral ou le Parti québécois, mais ne les a pas convaincus d'aller voter tout court.
"Les résultats ne peuvent pas être analysés en pourcentages, mais en chiffres absolus. On se rend compte que le même nombre de libéraux et de péquistes se sont rendus aux urnes qu'aux élections précédentes, mais il y a 700 000 adéquistes de moins qui se sont présentés. Comment interpréter ça?"
Selon lui, une partie des Québécois souhaitaient son départ et avaient déjà décidé, au jour un de la campagne électorale, de ne pas voter pour l'ADQ.
Il a réitéré que sa décision de se retirer, annoncée le soir du scrutin, était "la meilleure chose pour le parti", qu'il a amené "le plus loin possible", mais il assuré que l'ADQ avait un toujours "un rôle très important à jouer dans l'avenir du Québec".
C'est ainsi un "nouveau chapitre" qui s'ouvre pour le parti, a imagé, M. Dumont, dans son allocution finale.
Il continuera à diriger le parti, le temps qu'on fixe les règles de la course à la succession. De même, il a confirmé qu'il allait continuer à militer au sein de la formation, après avoir cédé sa place. Il a dit avoir reçu de nombreux courriels de jeunes sympathisants.
L'ancien numéro deux de l'ADQ, Gilles Taillon, espère pour sa part que les Québécois regretteront d'avoir voté pour le Parti libéral et regretteront l'ADQ. Selon lui, le parti a vécu un problème de communication et a souffert du peu d'intérêt des électeurs pour la campagne, démontré par le faible taux de participation.
Un des rares députés adéquistes réélus, Eric Caire, pressenti pour succéder à Mario Dumont, a quant à lui jugé que la crise parlementaire à Ottawa, la controverse autour d'un éventuel gouvernement de coalition, avait été un "obstacle important" à la transmission du message adéquiste et avait "occulté" la deuxième moitié de la campagne électorale québécoise.
L'ancien leader parlementaire, Sébastien Proulx, battu dans Trois-Rivières, a dit que les quatre prochaines années allaient être "le vrai test" pour le parti. Il juge que l'ADQ éprouve un problème de forme et non de fond, même s'il n'écarte pas que le programme sera révisé. Il a dit ne pas avoir senti de désaffection dans son entourage à l'égard de la formation.
"Les adéquistes, si on a un point en commun, c'est que des mauvaises nouvelles, on en a eues, et notre nombre a toujours grossi. C'est sûr qu'à un moment donné, on est tanné d'avoir de mauvaises nouvelles, on travaille à gagner, parce qu'on pense que c'est la voie dans laquelle il faut mettre le Québec dans les prochaines années."
Selon le seul nouvel élu adéquiste, Gérard Deltell, député de Chauveau, c'est le moment de prouver que l'ADQ n'est pas le "parti d'un seul homme" .
"C'est de comprendre que les Québécois ont pu avoir été déçus de l'ADQ, mais n'ont pas rejeté l'ADQ, bien au contraire", a-t-il résumé à propos du processus de samedi.
Dans son allocution d'ouverture, le responsable de l'organisation électorale de l'ADQ, le député beauceron Janvier Grondin, a paraphrasé l'ancien président américain John F. Kennedy. Il a dit aux membres de ne pas se demander ce que l'ADQ peut faire pour eux, mais bien ce qu'eux pourraient faire pour le parti.
L'ADQ a obtenu 16,4 pour cent des voix au suffrage de décembre, par rapport à 32,8 pour cent aux élections de mars 2007.





