Économie
25 février 2008
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M. Flaherty a fait l'essai, dans une boutique de cordonnier près de son bureau d'Ottawa, d'une paire de souliers brogue noirs à semelle refaite, précisant que le symbolisme est représentatif de son budget, qui sera déposé à 16h, mardi.
Les ministres des Finances achètent traditionnellement des souliers neufs quand ils présentent un nouveau budget.
"Ca convient à un budget qui est prudent, a-t-il dit. Nous allons dépenser, mais nous allons dépenser d'une manière contrôlée, compte tenu du contexte économique cette année et l'an prochain. La population ne devrait pas attendre de grandes dépenses, puisque nous devons respecter nos moyens et demeurer prudents et faire preuve de responsabilité fiscale, et c'est ce que nous ferons demain (mardi)."
Sur le plan de l'austérité, M. Flaherty a laissé entendre qu'il donnera plus d'ampleur au Système de gestion des dépenses présenté l'an dernier afin de tirer davantage d'économies de la fonction publique.
"Nous allons réexaminer chaque agence, chaque programme, chaque initiative du gouvernement du Canada, a-t-il dit. Nous en avons déjà examiné 15 pour cent, et j'en dirai davantage demain."
Des surprises
S'il cherchait à minimiser les attentes, M. Flaherty a aussi promis que son budget contiendra "une ou deux" surprises.
Le ministre n'a rien laissé deviner du contenu de son budget, mais il a promis qu'il serait équilibré. Et quand on lui demande si les partis d'opposition seront en mesure d'appuyer ses intentions, il déclare être surpris d'avoir vu son gouvernement minoritaire survivre assez longtemps pour qu'il soit en position de présenter un troisième budget, et estime que l'Opposition lui donnera une chance.
"Je pense que certains aspects du budget sont très bons pour le Canada et les Canadiens, a déclaré M. Flaherty. J'espèrent qu'ils (les partis d'opposition) prendront le temps de l'examiner et de l'étudier."
Le budget de mardi ne comprendra probablement pas de taxe sur les émissions carboniques, comme celle annoncée la semaine dernière par le gouvernement de la Colombie-Britannique. Mais M. Flaherty a reconnu que le Canada aura besoin de règles compatibles pour éviter une mosaïque qui pourrait nuire aux affaires.
"On ne veut pas développer au fil des ans de multiples couches de règles et ensuite laisser l'industrie essayer de les harmoniser, a-t-il dit. Prenons l'exemple de l'industrie automobile... Je sais que les dirigeants croient qu'il est très important que nous ayons des règles intégrées, partout au Canada."
L'opposition se prépare
Les partis d'opposition se préparent eux aussi depuis des semaines pour ce budget dont le rejet par la Chambre pourrait entraîner la chute du gouvernement et le déclenchement d'une élection générale dès la semaine prochaine.
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique ont tous deux rendu publiques les conditions de leur appui au gouvernement. Ils réclament entre autres une aide accrue aux secteurs manufacturiers et forestiers, un coup de pouce pour les travailleurs âgés et des mesures de protection de l'environnement. Le NPD veut en outre des investissements en santé ainsi que dans les infrastructures.
Le ministre Flaherty a déjà indiqué qu'il jugeait ces souhaits exagérés et qu'il n'entendait pas les exaucer. Il affirme que de telles dépenses entraîneraient un déficit budgétaire et qu'il n'en est pas question.
Le salut du gouvernement pourrait toutefois venir du Parti libéral du Canada. La semaine dernière, le chef Stéphane Dion se disait prêt à appuyer les conservateurs si leur budget n'était pas trop "nocif" pour le Canada. Il en a remis lundi.
Aux journalistes qui lui demandaient s'il pouvait se permettre de voter pour le budget Flaherty sans nuire à la crédibilité de son parti, il a simplement répondu "oui".
Si le budget ne leur plaît pas mais qu'ils veulent à tout prix éviter un scrutin printanier, les libéraux devront vraisemblablement se boucher le nez au moment du vote.
Si l'on en croit le secrétaire parlementaire du ministre des Finances, Ted Menzies, le document concocté par Jim Flaherty sera en effet à prendre tel quel, ou à laisser. En Chambre, M. Menzies a effet indiqué que le gouvernement n'accepterait "aucun amendement que les libéraux voudraient faire et qui pourrait nous mener à un déficit".