International
24 mars 2008
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Quelques minutes plus tard, à la faveur du relâchement du cordon de sécurité entourant le domicile de l'ancien président de la Cour suprême, limogé et assigné à résidence depuis la déclaration de l'état d'urgence en novembre, des dizaines de militants et d'avocats franchissaient le mur d'enceinte.
Le juge Iftikhar Mohammed Chaudhry est alors sorti sur son balcon, tout sourire, pour sa première apparition en public depuis plus de quatre mois. "Je n'ai pas de mots pour vous remercier de la façon dont vous avez lutté depuis près de cinq mois pour l'état de droit et notre Constitution", a-t-il lancé.
"Tous les juges limogés sont libres de leurs mouvements", a affirmé de son côté le commissaire adjoint d'Islamabad Amir Ahmed Ali, cité par l'agence de presse officielle pakistanaise. "Aujourd'hui, les prisonniers sont libres", a ajouté l'avocat de M. Chaudhry, Me Aitzaz Ahsan, flanqué de plusieurs magistrats.
La libération du juge Chaudhry serait le plus fort symbole à ce jour de l'affaiblissement du pouvoir de Pervez Musharraf. Le nouveau gouvernement, dominé par les ennemis du président, a promis de rétablir les juges dans leurs fonctions sous 30 jours. C'était un engagement de campagne du PPP et de la Ligue musulmane du Pakistan-N de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, renversé par le général Musharraf en 1999. La plupart des 60 magistrats limogés avaient déjà retrouvé leur liberté.
Au Parlement, M. Gilani, a annoncé qu'il demanderait à l'Assemblée nationale d'adopter une résolution en faveur d'une enquête des Nations unies sur l'attentat-suicide qui a tué Benazir Bhutto le 27 décembre 2007. Son élection par 264 voix contre 42 a été saluée aux cris de "Vive Bhutto", "BB est toujours vivante".
"La démocratie a repris vie grâce au sacrifice de Benazir Bhutto", a déclaré le nouveau Premier ministre, qui a serré la main du fils de l'ex-Première ministre, Bilawal Bhutto Zardari. Il sera investi dans ses fonctions par l'ex-général Musharraf mardi.
Agé de 55 ans, M. Gilani, qui a passé cinq ans en prison à cause du gouvernement de Pervez Musharraf, devrait être suffisamment respecté pour assurer la cohésion de la coalition.
Les observateurs de la vie politique pakistanaise estiment généralement que cet ex-ministre de Benazir Bhutto de 1988 à 1990, président de l'Assemblée nationale de 1993 à 1996, possède suffisamment d'expérience et d'influence pour diriger une coalition hétéroclite qui comprend aussi bien des islamistes et des nationalistes pachtounes que les principales formations du centre gauche et du centre droit.
Au poste de Premier ministre, Yousaf Raza Gilani sera confronté à une situation économique dégradée qui se traduit notamment par une inflation à deux chiffres, des coupures d'électricité et la quasi-absence d'investissement étranger.
Dimanche, Pervez Musharraf a salué le début d'"une nouvelle ère de réelle démocratie" et assuré qu'il soutiendrait le gouvernement. "J'espère que le nouveau gouvernement pourra maintenir la paix et le développement socio-économique rapide du Pakistan. Et j'espère qu'il poursuivra avec la même force notre lutte contre la malédiction du terrorisme et de l'extrémisme", a-t-il dit.
Les Etats-Unis, qui avaient trouvé dans le Pakistan de Pervez Musharraf un précieux allié dans la lutte contre le terrorisme et craignent une résurgence d'Al-Qaïda dans les régions frontalières de l'Afghanistan échappant au contrôle d'Islamabad, suivront attentivement la politique du nouvel exécutif anti-Musharraf à l'égard des extrémistes.
Mais la priorité de ce gouvernement ira au retour à la démocratie et à la limitation des pouvoirs déjà réduits de M. Musharraf. "Toutes les forces politiques devront travailler de conserve pour sortir le pays de la crise", a lancé M. Gilani dimanche. Quant à savoir comment il s'accommoderait de la cohabitation avec Pervez Musharraf, il s'est contenté d'un: "je suivrai la Constitution."