National | Vendredi 23 mai 2008 | 17:34Les Affaires étrangères montrées du doigt pour la fuite qui a embarrassé Obama |
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Par Isabelle Rodrigue
OTTAWA - Impossible de montrer du doigt un responsable précis de la fuite d'une note diplomatique canadienne qui a nui à la campagne du candidat à la présidentielle américaine Barack Obama, conclut une enquête qui blanchit du coup le chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper et l'ambassadeur du Canada à Washington.Le rapport, rendu public vendredi, se contente de jeter le blâme sur la trop large distribution, au ministère des Affaires étrangères, de documents comportant des renseignements de nature délicate.
Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a rapidement décrié le rapport dont les conclusions étaient prévisibles, à son avis.
"Evidemment, une enquête des employés de M. Harper sur les employés de M. Harper qui blanchit les employés de M. Harper, ce n'est pas surprenant", a résumé le chef néo-démocrate, Jack Layton, en conférence de presse.
Pour le Parti libéral, il s'agit d'un "trompe-l'oeil" puisqu'on reproche simplement "au ministère des Affaires étrangères d'avoir inclus trop de personnes dans une chaîne de courriels et aux journalistes d'avoir fait leur travail", a indiqué le député libéral Navdeep Bains.
Le rapport disculpe le chef de cabinet de M. Harper, Ian Brodie, et l'ambassadeur Michael Wilson. Les deux hommes n'auraient rien révélé à propos de la note diplomatique, bien que certains propos de M. Wilson aient pu pousser un journaliste à "suivre la piste" menant à la campagne Obama.
Dans l'espoir de trouver un responsable, les enquêteurs ont mené des entrevues auprès de 36 fonctionnaires et ont révisé leurs relevés d'appels téléphoniques et de télécopies. Ils ont aussi ratissé au peigne fin les comptes de courrier électronique de 232 fonctionnaires, majoritairement aux Affaires étrangères.
La conclusion de l'enquête, menée par le bureau du Conseil privé, ne permet que de déterminer que la fuite de la note diplomatique s'est produite par télécopieur.
Tout cela aura coûté 143 238 $ aux contribuables puisque le gouvernement a fait appel à une entreprise privée pour mener l'enquête.
L'affaire avait plongé le gouvernement conservateur dans l'embarras, fin février. Le réseau de télévision CTV avait d'abord rapporté que le conseiller économique de Barack Obama avait indiqué au Canada que le candidat démocrate n'avait pas vraiment l'intention de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), contrairement à ce qu'il laissait entendre dans ses discours de campagne.
Rapidement, le doute sur cette fuite s'est posé sur Ian Brodie, le chef de cabinet du premier ministre, et sur Michael Wilson, ambassadeur canadien à Washington.
Puis, début mars, l'Associated Press publiait une dépêche qui allait faire grand bruit aux Etats-Unis et qui citait une note diplomatique émanant du consulat du Canada à Chicago et dans laquelle on reprenait les informations sur le clan Obama.
Il n'en fallait pas plus pour que le camp d'Hillary Clinton et celui de John McCain récupèrent l'affaire pour attaquer leur rival.
Devant l'ampleur des répercussions aux Etats-Unis et la pression des partis d'opposition aux Communes, le premier ministre Harper avait ordonné une enquête pour trouver un coupable.
Les partis d'opposition n'exigeaient rien de moins que la démission immédiate de M. Brodie.
Il y a quelques jours, des médias révélaient que ce dernier quittera ses fonctions de chef de cabinet à la fin du mois de juin. Chez les conservateurs, on affirme que le départ était prévu et qu'il n'a rien à voir avec toute cette affaire.
La publication du rapport et le départ annoncé de M. Brodie est loin de satisfaire le NPD qui estime que M. Harper doit offrir ses excuses "formelles et sincères" aux deux candidats à l'investiture démocrate.
M. Layton estime que l'enquête n'apporte pas de réponses essentielles, et puisque le ministère des Affaires étrangères est montré du doigt, c'est au ministre Maxime Bernier d'en assumer la responsabilité.
"C'est évident que c'est une fuite du ministère des Affaires étrangères et, à cause de ça, M. Bernier a un autre oeil au beurre noir", a illustré le chef néo-démocrate, qui croit que le ministre doit être congédié.
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