National | Jeudi 29 mai 2008 | 20:00L'opposition se déchaîne sur l'affaire Bernier-Couillard et exige des réponses |
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Par Isabelle Rodrigue, LA PRESSE CANADIENNE
OTTAWA - Rouge ou vert? La question semble anodine mais, jeudi, elle a eu pour effet de jeter le feu aux poudres aux Communes.Déchaînée par toute l'affaire entourant la démission de Maxime Bernier, l'opposition a cherché à savoir si l'ex-amie de coeur du ministre démissionnaire a reçu, à titre de conjointe désignée, un passeport spécial émis par le gouvernement.
Comme M. Bernier a demandé à la Chambre d'inscrire Julie Couillard au registre des conjoints admissibles pour les voyages, elle aurait pu obtenir un passeport diplomatique rouge ou encore un passeport vert d'épouse de député.
Mais devant les questions du Bloc québécois et du Parti libéral, le leader parlementaire Peter Van Loan a dressé son mur officiel invoquant la vie privée du défunt couple Bernier-Couillard pour éviter de répondre.
Cette esquive a fait bondir le député du Bloc, Michel Guimond.
"C'est rendu que le passeport diplomatique est une question de vie privée. Ca n'a pas de bon sens!", a lâché M. Guimond, rouge de colère.
Il n'est pas le seul député de l'opposition à commencer à en avoir assez des réponses homogènes du gouvernement qui se replie sur l'argument de la vie privée dès que la soupe devient trop chaude.
"Va-t-il arrêter de prendre les députés et les gens pour des valises?", a soutenu pour sa part la libérale Marlene Jennings.
Si le gouvernement a émis un tel passeport spécial à Mme Couillard, elle aurait dû se soumettre à une vérification de sécurité exhaustive. Pour l'opposition, ce serait la preuve que le gouvernement conservateur était au courant de ses antécédents troubles.
"Quand vous êtes détenteur d'un passeport diplomatique, il doit y avoir eu une enquête de sécurité sérieuse. On ne peut pas prétendre par la suite qu'on ne connaissait pas le passé de madame comme le bureau du premier ministre le prétend", a expliqué le chef du Bloc, Gilles Duceppe.
L'ancienne copine de Maxime Bernier a fréquenté jusqu'en 2005 des individus ayant des liens avec les motards criminels. Le gouvernement maintient qu'il n'en savait rien, et ce, jusqu'à ce que les médias en fassent état le 8 mai dernier.
Lundi, M. Bernier a perdu son poste de ministre des Affaires étrangères parce qu'il a laissé traîner pendant cinq semaines des documents classifiés au domicile de son ex-amie de coeur. Le premier ministre Stephen Harper soutient que c'est seulement cette gaffe qui a coulé M. Bernier et que sa démission n'avait rien à voir avec sa relation avec Mme Couillard.
M. Harper a indiqué avoir été mis au courant de cette erreur du chef de la diplomatie canadienne, tard lundi après-midi.
"La séquence des événements est très claire, a déclaré M. Van Loan. Le premier ministre a su que des documents ont été laissés dans un endroit non-sécurisé lundi après-midi."
Mais pour les partis d'opposition, quelque chose cloche dans la chronologie des événements qui ont mené à la démission de M. Bernier. Ils soupçonnent le gouvernement de camoufler que le premier ministre a appris plus tôt qu'il ne l'affirme que l'ex-ministre avait laissé traîner des documents secrets portant sur un sommet de l'OTAN.
Dans sa lettre de démission, M. Bernier souligne avoir appris dimanche (le 25 mai) qu'il avait égaré des documents. On sait aussi que l'avocat de Mme Couillard a communiqué cette même journée avec le gouvernement pour discuter de la remise des documents en question.
Impossible, selon l'opposition, que le gouvernement ait appris l'erreur importante de l'ex-ministre sans que le bureau du premier ministre ne soit mis au parfum.
"Le timing ne tient pas debout (...) Les documents sont rendus dimanche après-midi. C'est évident que le bureau du premier ministre devait savoir dimanche soir qu'il y avait une crise de sécurité nationale", a fait valoir le chef libéral adjoint, Michael Ignatieff.
Même le ministre Van Loan s'est embrouillé dans son explication en affirmant que le premier ministre avait su "dimanche après-midi", un lapsus qui a suscité de grands cris aux Communes.
Couillard en dévoile un peu plus
Au moment où le gouvernement de Stephen Harper refuse de répondre aux questions sur l'affaire Bernier-Couillard sous prétexte de ne pas enfreindre la vie privée de ces deux personnes, Julie Couillard étale sans trop de pudeur sa vie et sa relation avec Maxime Bernier dans un article du magazine 7 Jours.
Sous une page couverture qui titre "Ce qui n'a pas été dit à la télé", le magazine rapporte les propos de la femme de 38 ans qui dit que Maxime Bernier "ne (l)'a jamais aimée".
L'article de six pages comporte des photos personnelles du couple, lors d'une réception mondaine et de leurs vacances dans les Caraïbes. La relation, qui a débuté en avril 2007, est "assez rapidement devenue intime".
Elle affirme cependant s'être rendue compte très vite que son "rêve" était un mirage, "déçue" de constater que son amant "n'avait pas la colonne" qu'elle imaginait.
"Au lendemain de son assermentation à Rideau Hall, j'ai compris qu'il s'était servi de moi pour faire un blast médiatique", confie-t-elle.
En contrepartie, elle soutient n'avoir jamais cherché à profiter de sa relation avec un ministre du gouvernement fédéral. "Je suis constamment avec des hommes d'affaires qui gagnent beaucoup de sous. Un ministre, ça n'a pas d'argent", dit Julie Couillard.
Elle lève aussi le voile sur ses relations amoureuses antérieures avec des hommes liés au crime organisé. Mais le flou demeure toujours sur son travail.
Mme Couillard se dit prête à donner sa version dans le cadre d'une commission d'enquête, comme son avocat lui a recommandé.
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