Voyages | Lundi 30 avr 2007 | 07:00Indonésie : pour le plaisir des yeux |
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Le nom de Jakarta n'est-il pas lié à l'idée de résistance? Le vase a débordé et on veut la tête de Souharto. Sirènes, sifflets, gaz lacrymogène et matraques étaient à l'oeuvre contre les hordes d'étudiants qui lançaient des pierres. On nous a suggéré de partir et de filer vers Balikpapan dans l'île de Bornéo. Heureuse coïncidence, car je voulais voir les Dayak Benuak, qui vivent dans le fin fond de la jungle à Tanjug Isuy.
De Loa Janan, mon safari commence par une croisière sur la rivière Mahakam à bord d'un rafiot qui pendant deux jours sillonne ce cours d'eau tropical. À Muara Muntai, aux petites heures, il nous faut débarquer. On nous installe dans une pirogue motorisée. Pendant quatre heures, nous vivons au rythme de la jungle. Singes, oiseaux et autres bêtes sonores signalent d'une escale è l'autre notre arrivée. Le cours d'eau est tellement étroit que des arbres nous serrent comme dans un étau. Arrivés à Tanjung, le chef Dayak nous accueille par une cérémonie de bienvenue toute spéciale. C'est l'occasion d'observer les us et coutumes de ces peuplades qui vivent dans des « maisons longues ».
Deux jours plus tard, me voilà rendu au pays des Torajas, «la terre des rois célestes ». Ces derniers vivent dans un milieu civilisé, mais les villages aux maisons sur pilotis nous donnent l'impression d'entrer dans un autre monde. Les habitations des Torajas, dont la forme est destinée à élever l'esprit vers le divin, sont chapeautant par d'immenses cornes de bœuf.
Les Torajas vénèrent leurs morts comme il ne nous est pas possible de l'imaginer. Un cadavre demeurera jusqu'à six mois dans un cercueil imbibé de formol avant d'être exhumé. Pourquoi? On croit que c'est le temps qu'il faut réserver au Créateur pour savoir si l'âme du mort a bel et bien quitté son corps. Après cette longue période de deuil, un festin auquel sont conviées des centaines de personnes est offert par la famille éprouvée. Le leader du groupe abat, avec son sabre, devant tout le monde, un gigantesque bœuf. Cette mise à mort me rappelle la terrible séquence du film Apocalypse Now dans laquelle Marlon Brando tombe sous les coups de son assassin en même temps qu'un bœuf à la tête tranchée. Plus tard, au village Kete Kesuk, les tombeaux suspendus de Londo et Lemo nous font voir des corps modifiés qui paraissent nous surveiller. Du haut des falaises mortuaires, les cadavres au garde-à-vous guettent les pas des vivants… L'expérience est indescriptible.
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