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L'aide internationale commence à arriver en Birmanie

Photo: Des Birmaniens remplissent leur bidons d'eau potable mercredi à Rangoon. ASSOCIATED PRESS

International | Mercredi 07 mai 2008 | 21:05

L'aide internationale commence à arriver en Birmanie

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Par Michael Casey, ASSOCIATED PRESS

RANGOON, Birmanie - Qualifiant le passage du cyclone Nargis en Birmanie de "catastrophe majeure", les Nations unies ont annoncé mercredi avoir commencé à distribuer de l'aide aux populations sinistrées du delta de l'Irrawaddy, zone la plus touchée. Mais l'isolement de certaines zones totalement encore inondées et la réticence de la junte militaire à autoriser l'accès au pays rendaient difficile l'acheminement de l'assistance internationale.

Le dernier bilan officiel faisait état de 22.980 morts et 42.119 disparus, principalement dans le delta de l'Irrawaddy (sud).

Interrogée par téléphone depuis Rangoon, la chargée d'affaires américaine en Birmanie Shari Villarosa a estimé que le bilan du cyclone et ses conséquences pourrait atteindre les 100.000 morts avec l'aggravation des conditions sanitaires. Selon ses estimations, 95% des bâtiments dans les zones touchées sont détruits et les ponts inondés. Elle a jugé que la situation en dehors de l'ancienne capitale est "de plus en plus horrible", évoquant le manque d'eau potable et de nourriture signalé par les organisations humanitaires.

De son côté, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a exhorté mercredi la junte militaire birmane à favoriser l'arrivée de l'aide humanitaire "de toutes les manières possibles" après le passage du cyclone Nargis.

Au total, l'aide internationale se montait mercredi à un peu plus de 14 millions d'euros. A Paris, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a indiqué que l'aide de la France "pourrait passer de 200.000 à 1 ou 2 millions d'euros".

Lors d'un point presse, le chef du Quai d'Orsay a également expliqué que la France réfléchissait à utiliser une clause adoptée en 2005 aux Nations unies sur la "responsabilité de protéger" les populations civiles "pour qu'il y ait une résolution (...) autorisant le passage" de l'aide en Birmanie malgré les réticences de la junte birmane. Interrogé plus tard sur France 2, M. Kouchner a expliqué que le Conseil de sécurité a rejeté la proposition française, en raison de l'opposition de certains pays. "Ne désespérons pas. Mais là, pour le moment, c'est bloqué".

Quatre jours après le passage de Nargis, le delta de l'Irrawaddy restait inondé et les routes coupées compliquaient l'accès aux populations sinistrées. Les ravages du cyclone dans cette zone agricole faisaient également craindre une pénurie de riz à long terme dans le pays. Plusieurs magasins ont du reste été pris d'assaut par des habitants affamés, selon l'ONU.

"De manière générale, la région toute entière du bas du delta est sous l'eau", a expliqué mercredi Richard Horsey, porte-parole de l'Office de coordination de l'aide humanitaire des Nations unies à Bangkok.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé avoir commencé à distribuer de la nourriture à environ un million de sans-abri dans la région de Rangoon, la plus grande ville du pays. Les équipes de secours distribuent également des kits de purification d'eau, des moustiquaires et des fournitures médicales de base.

Mais certaines zones inondées ne restent accessibles que par bateau, empêchant ainsi les hélicoptères d'acheminer l'aide. "Les équipes parlent de corps flottant dans l'eau", a affirmé Richard Horsey. "Nous avons affaire à une catastrophe majeure."

Les premiers avions onusiens, transportant 45 tonnes de biscuits énergétiques, étaient attendus tôt jeudi matin.

Malgré l'accès limité au pays maintenu par la junte birmane, le PAM a pu distribuer quelque 800 tonnes de nourriture à Rangoon. A Genève, l'ONU a annoncé qu'elle avait reçu l'autorisation d'envoyer de l'aide non-alimentaire et qu'un avion cargo était en cours de chargement à Brindisi, en Italie. Au moins quatre membres du personnel ont reçu des visas, et les Nations unies tentaient d'en obtenir d'autres. A Bangkok, en Thaïlande, le personnel onusien attendait également l'obtention de visas pour pouvoir se rendre en Birmanie évaluer les dégâts, a indiqué la porte-parole Elisabeth Byrs.

Mercredi, l'Inde a de son côté envoyé deux avions de l'armée de l'air avec leur bord 8,8 tonnes d'aide, dont des tentes et des médicaments.

Beaucoup d'habitants de Rangoon disaient mercredi leur colère d'avoir été mal informés sur la catastrophe qui se profilait, alors les moines bouddhistes et des religieuses catholiques se joignaient à la population pour nettoyer les rues de la ville, où sont réapparus mercredi pour la première fois en grand nombre les soldats.

Outre les dégâts et la pénurie d'eau potable, les habitants du delta de l'Irrawaddy, grenier à riz de la Birmanie, devaient également faire face à l'explosion du prix des denrées alimentaires. Ainsi, un sac de riz de 33kg s'échangeait à environ 25 euros, une somme astronomique dans un pays où une grande partie de la population vit avec l'équivalent de 1,30 euro.

Des pénuries étaient également à craindre. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les cinq provinces les plus touchées produisent ainsi 65% du riz du pays. "Il est probable qu'il y ait des pénuries incroyables dans les 18 à 24 mois à venir", a expliqué Sean Turnell, économiste expert de la Birmanie à l'université australienne de Macquarie.

Par ailleurs, on était toujours sans nouvelle de la responsable de l'opposition birmane et Prix nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qu'il était impossible de joindre depuis samedi, malgré des efforts répétés.

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